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De quoi s’agit t-il : trois secondes, il n’en faut pas plus à la lumière pour ricocher dans tous les coins de la ville et permettre au lecteur de suivre le fil d’une intrigue policière à travers de multiples reflets

En ces temps troublés où les neutrinos font des queues de poissons aux photons lumineux dans de gigantesques accélérateurs de particules, les trois secondes que durent cette histoire sont une éternité pour qui sait les exploiter. Ce temps court, mais relativement long pour une particule, permet à Marc Antoine Mathieu de nous insérer dans cet intervalle temporel 69 planches composées de 9 vignettes toutes du même format carré identiques au carré du format de l’album (ne cherchez pas une formule de mathématique dans la phrase il n’y en a pas)

On retrouve ici le goût de l’auteur pour les expériences graphiques, les nombres et la métaphysique qu’il avait déjà développés dans sa précédente œuvre, Dieu en personne, qui lui avait valu le Grand Prix de la Critique. La mise en abîme du format carré installe le lecteur en vision subjective, en le mettant à la place de ce photon lumineux, de cette lumière qui va rebondir de miroirs, en vitres et nombreux autres objets réfléchissants pour nous permettre d’observer la scène principale de l’histoire sous de multiples angles. La lumière par de multiples détours collecte toute une série d’information permettant au lecteur d’appréhender petit à petit l’intrigue. Les trajectoires successives sont dus aux hasard qui place les objets réfléchissants sous certains angles mais rien n’est laissé au hasard dans la construction de l’histoire. L’auteur habilement, fait repasser la lumière à certain mêmes endroits pour marquer l’écoulement du temps, procédé qui lui permet d’ajouter un peu plus de narration qu’une action totalement simultanée ne l’aurait permise.

Pas de couleur venant troubler la circulation de notre particule et qui l’empêcherait de faire la lumière sur cette intrigue : du noir, du blanc, du clair, de l’obscur et c’est tout. Mais cette lumière ne se fait pas sans un sérieux effort de concentration du lecteur qui devra ordonner toutes ces bribes d’information pour ré-assembler l’histoire. Il y a un risque de découragement pour qui les tentatives formelles rebutent un peu, cependant on est pas encore dans la complexité ou le grand n’importe quoi (selon qu’on soit fan ou pas) d’un film de David Lynch. En cas de migraine quelques esprits alertes peuvent fournissent quelques sérieuses explications sur le site de Delcourt.

Déjà comblés par la version papier, nous sommes invités à doubler cette expérimentation graphique en allant visionner l’animation électronique de l’album sur le site de la maison d’édition Delcourt, moyennant la saisie d’un code disponible sur l’album papier : http://www.editions-delcourt.fr/3s/

Lafigue

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