Le policier qui rit

Si vous avez raté le début : La police suédoise découvre un bus dont les passagers sont criblés de balles. Le commissaire Martin Beck, chargé de l’enquête découvre avec stupeur que l’une des victimes n’est autre que l’un de ses enquêteurs.

Depuis les invasion normandes, on avait appris à s’inquiéter à la vue de drakkars vikings sur les côtes. Après la sortie du film Festen, on s’était dit que les danois avaient un curieux sens de la famille. La trilogie Millenium de Stieg Larson pouvait amener à s’interroger sur les règles du tutorat en Suède. Cette adaptation d’un polar écrit par Maj Sjöwall et Per Wahlöö se devait donc, en principe, de faire honneur à la réputation de glauque, d’horreur et de tripaille dont semblent être friands les auteurs de fictions scandinaves.
Cela commence plutôt bien. En effet le départ de ce roman se situe sur la scène de crime : la cabine d’un bus dont les passagers baignent dans le sang après avoir été mitraillés. On pense dès lors, avec nos habitudes de lecteur d’aujourd’hui, à un crime aveugle commis par on ne sait quel fou psychotique. Seulement le roman qui a servi à cette adaptation a été écrit il y a quarante ans, à une époque où les serials killers n’avaient pas complètement envahi livres et séries policières. Il va donc falloir aux enquêteurs se creuser un peu plus les méninges et mettre un peu de cohérence au milieu de ce carnage. C’est l’occasion pour les auteurs de détailler le travail de fourmi, lent, bien souvent ingrat que les policiers de la ville de Stockholm doivent fournir pour espérer aboutir : enquêtes de voisinage, expertises scientifiques, filatures, consultations d’archives. On quitte le domaine de l’hémoglobine pour entrer dans le détail de l’enquête proprement dite.
De plus avec un pareil titre, le lecteur s’attend par antithèse à un héros sinistre. Mais heureuse surprise, il ne l’est pas tant que ça et il faut reconnaitre que le commissaire est parfois à deux doigts d’être guilleret, ce qui vient relever l’ambiance grise et hivernale que restitue bien Martin Viot par son dessin.
Reconnaissons qu’on est un peu dérouté et qu’on en viendrait presque à regretter une petite scène de torture ou de découpage de corps ligoté déci delà.

Lafigue.

La position du tireur couché

Le thème du truand qui décide de raccrocher les gants, pour enfin goûter à son petit coin de paradis qu’il s’est patiemment bâti au fil d’années passées en turpitudes, n’est pas nouveau. Celui qui a vécu par les armes peut il goûter à la paix ? N’y a t’il pas une sorte de justice invisible qui vient mordre la nuque de celui qui pense vivre sa retraite sans remords.

Plus que jamais les personnages imaginés par Manchette sont rugueux, les répliques sont sèches et il n’y a guère de place pour aller creuser la psychologie de personnages qui ne s’embarrassent guère de psychologie et autres sentiments dont il n’y a que faire dans un polar d’ailleurs. Et quand les sentiments s’expriment, ils sont violents : la régulière de Martin lui crache au visage ou dévaste son appartement, c’est selon l’humeur. La plupart des protagonistes sont des crapules dans ce roman, certains sont stupides et au mieux certains ne sont que simplement déjantés. L’action s’enchaine à merve

Page Noire

Deux histoires, deux scénaristes, un dessinateur capable d’adopter deux styles graphiques différents et une coloriste pouvant restituer deux univers bien distincts. Voilà l’ensemble des prouesses réalisées par l’équipe ayant travaillé sur cet album audacieux.

Giroud construit le récit concernant la relation entre la jeune journaliste et l’écrivain : c’est la surface du récit. Denis Lapière s’occupe de la partie narrant la quête d’Afia sur son passé. Charge à Ralph Meyer de trouver deux styles de dessins adaptés à chacuns des deux pans d’une histoire pourtant marquée par son unicité. Trait gros, tons bleus en à plat pour tout ce qui concerne Carson Mc Neal, l’écrivain ; accentuation des ombres, style proche de la photographie et couleurs sanguines en lavis pour la partie dès que l’histoire se centre sur Afia. Et prouesse ultime, le dessinateur confond progressivement ses deux façons de dessiner quand les deux histoires opèrent leur jonction, expérimentation stimulante et trop rare à ce niveau de tirage.