BD d’hauteur

S’il est une expression à bannir et que je me jure de ne jamais employer ici c’est bien le terme de « BD d’auteur ». Ce terme est à récuser parce que rarement employé à bon escient.

En effet on va habituellement désigner par BD d’auteur une œuvre personnelle, à vocation autobiographique ou traitant d’un sujet sérieux. Plus généralement on désignera par BD d’auteur la BD destinée aux adultes où on ne verra jamais un petit Mickey glisser sur une peau de banane et finir au fond d’un égout. La BD fantasmagorique aussi se classe dans le genre. C’est la seule BD tolérée dans certaines librairies : on y retrouvera Satrapi, Sfar ou Davodeau par exemple. Je n’ai personnellement rien contre ces auteurs. Au contraire, je suis plutôt fan de ce qu’ils font. Mais le terme BD d’auteur est là pour qualifier une bande dessinée qui serait intellectuellement plus élevée c’est à dire acceptable pour ceux qui n’ont que la littérature comme horizon.

Si cela peut décomplexer quelques personnes de lire des illustrés pourquoi pas. Mais le terme est impropre. Qu’on distingue le cinéma de studio du cinéma d’auteur se conçoit. Les studios engagent plusieurs scénaristes pour bâtir une histoire et il est donc difficile de qualifier de cinéma d’auteur les productions qui en sortent. La BD franco belge contrairement au Manga, se fait très peu en studio. Chaque album est réalisé par un seul voire deux auteurs maximum. La quasi-majorité de ce qui est produit en Europe est donc de la BD d’auteur qu’elle traite de blague ou de sujets plus graves ou personnels. Il serait plus juste de parler de BD autobiographique, de BD reportage, de contes illustrés ou toute autre catégorie qu’on voudra bien inventer. Le terme d’auteur n’est d’aucune précision et n’apporte rien au lecteur.

Vous voilà donc armés pour pouvoir affirmer et démontrer que Boule et Bill c’est de la BD d’auteur.

Lafigue

Larcenement moral (2)

Larcenement moral est de nature répétitive par définition. Mon combat ordinaire pour lire « planter des clous » ne fut pas simple.

Le retour de la vengeance du dernier combat ultime de la BD, qui ne veut pas se laisser faire, fut d’anthologie.

Figurez vous qu’après avoir terminé la première chronique de ce site appelée « Larcenement moral », j’ai voulu vérifier un détail de l’histoire comme dirait l’autre. Et à mon grand effroi, je constatai que j’avais sauté presque une dizaine de pages lors de ma lecture. Que devais-je faire ? Tout réécrire ? Certainement me suer cela m’eut fait si j’eus versé dans telle facilité. Et l’honnêteté dans tout cela alors ? Je devais la vérité à mes lecteurs, même si à l’époque de ces écrits bullesBD demeurait encore inconnue du grand Google. Mais alors quoi ? Et bien ceci : Larcenement moral (2). _Et là je dis comment, et où aller…et avec quel permission ? En effet cet oubli de 10 pages, alors que la chronique était déjà écrite, devait il sonner le glas d’une carrière criticale à peine commencée ? Etait ce la preuve que toute critique procède du grand n’importe quoi ? Avais je des prédisposition à parler de ce que je ne lis pas ? Et enfin fallait il que j’arrête le mélange fatal, alcool et bande dessinée qui était en train de faire de moi la plus grande tête de linotte de tout l’ouest civilisé du Pecos. _Et là je dis c’est encore la faute de Môssieur Larcenet. C’est vrai quoi. Lorsque j’expliquai dans Larcenement moral (1) que ces grandes planches de silence installaient le rythme de la réflexion, je ne me rendais pas compte que, plongé dans mes pensées, il pouvait se passer n’importe quoi : le vent, des lutins farceurs venant tourner des pages. N’importe quoi je vous dis. De plus, au vu de la variété des thèmes abordés, on pouvait facilement se détacher du simple fil de l’histoire et du coup sauter allègrement 10 pages. _Ma conclusion fut de me dire que si pour certains, le caractère intersticiel du découpage en vignettes de la BD, art séquentiel narratif somme toute, permet l’ouverture des portes de l’imagination au lecteur, ce caractère intersticiel était chez moi beaucoup plus développé et pouvait atteindre la fulgurance de 10 pages. J’étais donc un être doué de facultés extra mortelles. Il me fallait donc poursuivre dans la critique. Et je le ferai…

La Figue

Tuer nuit gravement…

Quoique fassent leurs auteurs, il sera sans doute à jamais impossible d’égaler le choc que fut le premier tome de cette série désormais solidement campée dans les rayons des libraires. Oser faire d’un tueur professionnel le héros d’une série, il fallait l’envisager. Réussir à faire entrer le lecteur dans l’univers mental d’un reptile à sang froid, il fallait l’essayer.

Les auteurs y sont plus que parvenu. Pour le tueur l’homme est bel et bien mort que ce soit depuis Auschwitz ou depuis un certain Marc Dutroux. Alors qui tue il ? Rien d’autre que d’autres prédateurs dont il ne sait rien. C’est la règle. Son activité n’est qu’une activité commerciale pas plus blâmable qu’une autre qu’il mène seul, sans exploiter personne. En 6 volumes parus, le nihilisme du tueur nous est devenu familier et on pourrait même sympathiser avec lui à une terrasse de café.

Fallait il entamer un nouveau cycle ? Oui car premièrement un tueur ça manque quand il n’y en a pas. Deuxièmement c’est l’occasion pour un scénariste de se surpasser (le nouveau cycle de Thorgal par exemple a donné un bon second souffle à une série qui dépérissait un peu). Pour réussir le pari, il a fallu accélérer le rythme de l’histoire, plus lent dans les 5 premiers volumes. Cependant les auteurs ont réussi à conserver une mise en page faite de grande vignettes. Les teintes en à-plats demeurent somptueuses et cadrent parfaitement avec la froideur apparente du personnage.

Si le tueur commence à perdre les pédales, encourageons Matz et Jacamon à en mettre un grand coup pour nous livrer la suite.

lafigue