Sky Hawk

Si en 2002, lors de la parution de l’album en librairie et en plein passage à l’Euro, vous n’aviez pas pu repartir avec, parce que le marchand vous avait a refusé vos derniers francs…

Taniguchi avait depuis longtemps envie d’écrire un manga sur le thème du western, mais aucun éditeur ne voulait publier ce genre. Il a alors eu l’idée de créer un héros japonais, et s’est inspiré pour cela des Japonais qui ont émigré aux Etats Unis à l’époque de la ruée vers l’Ouest.

Les deux personnages principaux, des samourais qui ont fui leur pays après la défaite de leur Daimyo, vont peu à peu se faire accepter par les Sioux Oglalas, devenir Sky Hawk (Faucon céleste) et Winds Wolf (Loup des vents), partager la vie de ces guerriers, épouser leur cause et les aider dans leur lutte contre les Blancs.

Ce récit très émouvant a pour point d’orgue la bataille de Little Big Horn qui a opposé George Armstrong Custer à Sitting Bull et Crazy Horse.

Zébulonnette

 Michigan

Si vous étiez plutôt en compagnie d’un jeune et fringuant soldat allemand au début de cette histoire…

Le dessin de Lucas Varela, fidèle à la ligne claire et un peu rétro avec ses couleurs sepia, convient bien à ce récit de Julien Frey, qui nous fait découvrir le destin de ces Européennes (surnommées les » War Brides ») tombées amoureuses d’un GI à la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui ont choisi de quitter leur pays et leur famille pour suivre leur fiancé aux Etats Unis. Deux regards s’entremêlent : Celui de l’auteur, parisien un peu « bobo », qui rend visite à la famille américaine de sa femme et découvre un mode de vie quelque peu éloigné du sien, et celui d’une de ces War Bride, la grande tante Odette, au caractère bien trempé, qui nous raconte son expérience : le départ à bord d’un paquebot après la guerre, les cours de cuisine et de danse, les difficultés d’adaptation, le mal du pays…Mais de même que Julien à la fin de son séjour peine à quitter sa nouvelle famille, Odette reconnait que somme toute, elle a eu une belle vie…

Zébulonnette

Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins)

Si par mégarde vous avez sauté les 10 premières pages : Sarah, jeune américaine d’origine juive, entame un voyage de 10 jours en Israël. Alors qu’elle ne cache pas son hostilité envers la politique israélienne vis à vis des palestiniens, ce voyage, organisé par le Taglit, programme mondial dédié à la découverte d’Israël et tourné vers les jeunes juifs du monde entier, confronte sérieusement Sarah avec ce qu’elle connait d’Israël et de sa situation.

Les ligne claires et les couleurs délavées du récit contrastent avec le bouillonnement intellectuel de la jeune Sarah Glidden. Quand on feuillette rapidement l’ouvrage, ce récit de voyage au dessin aéré pourrait presque paraître paisible si le sujet ne venait à porter sur un des lieux les plus controversés de la planète, source de bon nombre de passions politiques : Israël. En effet l’apparente fraîcheur graphique entre en résonance avec la paix des lieux visités par Sarah mais laisse une étrange impression à la redécouverte des innombrables conflits qui se sont succédés depuis 2000 ans sur un territoire grand comme trois départements français.
Forte d’un soutien qu’elle pense indéfectible pour la cause palestinienne, Sarah est très réticente à entamer ce voyage promu par une agence se dévouant à faire découvrir Israël aux jeunes juifs du monde entier. Elle appréhende le risque d’avoir à subir un discours empreint de propagande et sans doute sait elle déjà que la proximité qu’engendrera fatalement son petit périple avec les protagonistes risque de faire vaciller ses convictions pro-palestiniennes. Toutefois elle désire sincèrement jouer le jeu du voyage initiatique et souhaite même nouer un lien charnel ou mystique avec ce pays, elle qui n’est absolument pas pratiquante et qui doute de son attachement au peuple juif. Luttant contre une possible auto-déconstruction politique qu’elle redoute, l’héroïne bombarde de questions tous les israéliens qu’elle rencontre, quitte à agacer ses compagnons de voyages, qui se contenteraient bien des simples plaisirs du tourisme organisé et du discours que leur sert leur tour operator. Progressivement ses lignes intérieures bougent. Elles tremblent même quand elle découvre le désenchantement des pionniers des kibboutz contraints de privatiser une partie de leurs structures et d’individualiser leurs modes de vie. Que leur répondre quand ceux-ci déclarent : « nous avons vécu votre rêve ». Notre jeune voyageuse est mal à l’aise devant des soldats plus jeunes qu’elle. Émue par les militants de la paix, elle souhaite se donner toutes les chances d’un jugement politique éclairé en tentant d’aller de l’autre côté du mur israélien. Il lui sera néanmoins très difficile de discuter directement avec des arabes et son voyage demeurera inachevé.
L’angle principal de cet ouvrage est bien la mise à l’épreuve de ses propres convictions politiques. Le choix du titre révèle sans doute la modestie de l’auteure dans le traitement du sujet et renvoie à une relative inexpérience politique cependant que l’ensemble est d’une sincérité parfaitement exemplaire.

Lafigue