Dieu en personne

Au moment de devoir donner son identité lors du recensement de la population, un vieil homme déclare à l’agent fonctionnaire qu’il s’appelle Dieu. Suite à plusieurs prodiges, les hommes doivent bien admettre qu’il ont face à eux l’Etre Suprême.

Dès lors est organisé un gigantesque procès pour établir la responsabilité de Dieu sur ce qui est. La liste des plaignants est gigantesque et c’est une division d’avocat entière qui assure la défense de Dieu. S’est il contenté d’initier le monde et la suite ne serait qu’une succession enchainements causaux. La démonstration de l’existence de Dieu ne serait elle pas que la preuve de sa non existence ? Le procès est prétexte à différentes controverses philosophiques. C’est un régal de voire avocats et procureurs s’objecter toute une kyrielle d’arguments. Et le choix du dessin sobre est propice à recueillir toutes ces réflexions métaphysiques.

Les communicants s’emparent très vite du phénomène et lancent un plan markéting mondial destiné à assurer la promotion de leur vedette. Quelques courtes et habiles mise en abîme dans la narration permettent à cette histoire de se dérouler à plusieurs niveau jusqu’au coup de théâtre final.

La Figue

Pauline… – Le Grand Mort

Si vous débarquez dans la série
Suite de la série qui avait vue Erwan partir en mission, accompagné malgré lui par Pauline dans un de ces univers fantastiques dont Loisel a le secret. Dans cet épisode, Erwan revient dans notre monde et part sur Paris à la recherche de Pauline. Il évolue dans un futur proche, pas vraiment fantastique où la situation sociale a empirée.

Loisel nous a plus habitué à voyager dans des mondes fantastiques que dans des univers proche de notre réalité. Avec Le Grand Mort, nous avons droit au « deux en un ».

D’un côté un monde parallèle propice à mener une quête, de l’autre un futur proche et gris. Dans la plus grande partie de ce tome, le héros se promène dans un Paris crasseux, pollué, où la pauvreté a explosé avec son cortège de violence et, les bons jours, de mouvements sociaux. Ce léger glissement vers le pire est bien plus effrayant que bon nombre d’anticipations futuristes un brin trop abstraites. Et ce n’est pas un des moindres mérites de cet album qui sans aucun prêchi-prêcha, et sans se fixer pareil but, parvient à nous alerter sur une dégradation dont nous sommes coutumiers sans forcément en évaluer les conséquences à moyen terme.

Ainsi donc, le deuxième tome de la série se développe à un rythme tranquille, sans précipitation et sans s’étirer exagérément. La douceur des traits données aux visages des personnages parvient à atténuer l’univers gris ambiant des décors, tandis que énigmes et suspense sont tempérés par l’extrême civilité matinée d’une touche de flegme du personnage principal.

Lafigue

Les funérailles de Luce

Entre descriptions contemplatives, évènements graves de la vie et conte onirique, Springer révèle les dures lois de l’existence à l’enfance…

Elle commence joliment cette histoire. Une petite fille et son grand père partagent tous les petits moments que peut offrir une vie calme et un peu retirée dans une campagne française. Collecte matinale des oeufs au poulailler , chasses aux papillons, grenadines au PMU du coin…une vie paisible. Mais la toute jeune Luce découvre ce que découvrent un jour ou l’autre tous les enfants. Avec la vie, il y a la mort et celle-ci n’a que faire des terreurs enfantines. C’est trop injuste et c’est ainsi.

Springer utilise habilement son pinceau. Tantôt mouillé et délié, tantôt sec et plein, il donne le volume, la lumière et une couleur au noir et blanc de ses planches. Les expressions des visages par exemple sont parfaitement rendues. A ce titre, la scène du chat mangeant sa gamelle dans la cuisine est particulièrement réussie. En apparence anodine et n’ajoutant pas d’information cruciale au scénario, on pourrait se laisser dire que le dessinateur n’a fait que s’offrir le plaisir d’une petite scène bucolique. Au contraire, au delà d’installer un climat, le moment où le chat regarde en dehors du champ de la vignette est saisissant. Quelque chose l’a distrait ? Pressent-il un évènement ? La fixité de son regard est effrayante et nous rappelle à des peurs que le quotidien se charge d’enfouir.

La faucheuse est représentée par un homme nu accompagné d’une petite fille voilée qui apparaissent régulièrement. L’héroïne est bien sûr la seule à les voir. Une à deux apparitions de moins auraient peut être été préférables car il est facile pour le lecteur d’incliner vers le fantastique. Cependant ces apparitions sont là semble t-il pour montrer que la mort n’a rien d’effrayant pour qui ne la connait pas. elle est juste nouvelle et ne fait qu’exciter la curiosité.

Dommage que l’auteur ait ressenti le besoin d’expliciter son propos aux travers de dialogues sur la mort entre Roger et Mme Roserin. Cet échange qui vient vers la fin alourdit légèrement l’histoire, avant un dénouement qui lui en revanche est parfaitement réussi et éclatant. Beauté et Tragique sont à notre porté grâce à ce très bel album.

Lafigue