La Mangouste – XIII Mystery

Après la décevante cloture de la série par « Le round final » dont la double vocation était de terminer la série et de faire la promotion de la « Version Irlandaise », les limites de la patience étaient atteintes. Certes la promotion intégréé d’un album au scénario était ingénieuse (La Version irlandaise étant un livre d’enquête publié par un jeune journaliste), mais laissait néanmoins percer une finalité exagérément commerciale. Cependant « La version irlandaise » déssinée par Giraud avait remis un peu de baume au coeur à celui qu’avaient captivés les 10 premiers albums de la série, les suivants étant une exploitation sans fin d’un filon commercial tant les scénarios tiraient en longueur.

On pouvait donc accueillir avec une certaine apréhension cette série dérivée de l’originale mais ce « XIII mystery » est une bonne surprise. Le choix de la Mangouste était tout à fait judicieux car ce personnage de tueur froid ayant été peu détaillé par Van Hamme, il excitait depuis longtemps la curiosité. Xavier Dorisona, reprenant l’écriture de l’histoire, réussit à bâtir un scénario satisfaisant cette soif de biographie. Le cheminement, qui amène un jeune orphelin dans l’allemagne de 1947 à devenir un tueur professionnel, se fait de manière logique et implacable. On en vient presque à oublier que l’ensemble de l’histoire est racontée par la Mangouste elle-même, procédé présentant toujours le défaut de ne pas plonger le lecteur dans l’immédiateté et d’écorner le suspense de l’action. Il est cependant regrettable que les scénaristes ne puissent s’empêcher de faire des tueurs en général, des champions d’arts martiaux, des spécialistes en electroniques et des êtres au QI surdéveloppé. C’est encore le cas ici et cela nuit à la crédibilité de l’histoire.

Le dessin de Ralph Meyer est proche du dessin des comics américains et donne une tonalité distante particulièrement dans les vignettes muettes. L’ensemble est plaisant et l’on souhaite que le personnage d’Irina soit aussi bien traité dans le prochain numéro de la série même si son personnage apparait dans les albums moins bons de la série.

La Figue

Le prince charmant – Miss pas touche

Avec Miss Pas Touche, on navigue toujours entre le fantasme du raffinement des maisons closes d’antan et la peur d’une tragédie qui semble toujours imminente.

Le dessin de Kerascouet dans la ligne de poisson pilote entre en raisonnance avec la ligne graphique et les histoires mythiques ou fantasmagoriques que l’on trouve dans cette collection et chez certains pères de l’Association comme Sfar ou Blain. Du coup cette histoire réaliste, comme pouvaient être qualifiées de réalistes les chansons tragiques de Berthe Silva, semble être également rêvée.

Comme cela est le cas des histoires d’amours sans nuages, l’idyle de Blanche et d’Antoine peut paraître ennuyeuse mais on est toujours au bord du précipice et du drame sanglant ce qui maintient paradoxalement une forme de tension tout particulièrement dans ces parenthèses heureuses. En effet les meurtres commis dans les épisodes précédents nous rapellent que derrière ces soies et frous frous de toutes sortes se dissimulent souvent de terribles secrets. Cette monstruosité ensomeillée explose dans de splendides planches qu’on trouvera à la fin de la première partie de cette histoire

Lafigue

Opération ironclad – Commando colonial

Il est des styles graphiques qui s’ils ne sont pas de l’ordre du dessin réaliste se mettent parfaitement au service du récit historique. Point besoin de faire du dessin réaliste, comme c’est trop souvent le cas quand la BD traite d’histoire, pour atteindre une forme de véracité historique.

Si le scénario est une fiction, le contexte n’est pas fictif. Bruno et Appollo parviennent à nous faire appréhender la situation historique et la façon dont celle-ci détermine l’évolution narrative. La société coloniale est décrite de manière à ne laisser aucun doute sur cette dernière : avide, pleutre et oisive. Appolo et Bruno nous donnent un petit cours d’histoire tout en nous livrant une histoire haletante servie par un dessin clair, original et dont l’impression de retrait et de neutralité mène à penser qu’il est capable de se fondre dans n’importe quelle genre de récit.

Lafigue